Les Petites Agonies Urbaines

Une rencontre transdisciplinaire à la Cité internationale des arts de Paris

L’ESPACE ENTRE LES PIERRES

Par Daniel Vuataz, auteur et membre du collectif AJAR

Paris, ville-musée? Pas pour qui sait déchiffrer son riche palimpseste architectural. Les arrière-cours de la capitale cachent des perles de délabrement, des splendeurs de jardins empierrés, bref, tout ce que le photographe Michel Denancé appelait, dans un livre de 2005, les «petites agonies urbaines». La question du lien entre architecture et théâtre constitue la base du travail d’Emilie Blaser. Lorsque le canton de Neuchâtel lui offre une résidence à la Cité des arts, la comédienne décide d’y poursuivre ses fouilles de l’espace collectif. Sa proposition: créer deux formes artistiques dans l’enceinte de deux bâtiments «suisses» emblématiques de Paris.

Première étape: investir la parcelle intérieure du 17 rue des Suisses, bâtiment conçu par les bâlois Herzog & de Meuron en 2001. Un lieu utopique, presque un village à interroger, entre façades ondulantes, végétation luxuriante et tronçons de murs anciens. L’auteure Marion Aubert et le musicien Chapelier fou l’y rejoindront. 

Seconde étape: qu’y avait-il au 32-38 rue des Franc-Bourgeois, il y a trente ans? Un hôtel particulier s’enfonçant dans le Marais. Le Centre culturel suisse a aujourd’hui le même âge qu’Emilie Blaser; le temps d’une performance à laquelle collaboreront Pierre Lepori (écrivain suisse) et Aurélien Vernhes-Lermusiaux (réalisateur français), les fantômes de l’hôtel Poussepin réapparaitront entre les pierres du CCS.

OPUS №1: IMMEUBLE 17 RUE DES SUISSE (PARIS 14)

Au 17 rue des Suisses se trouve un logement social tout à fait particulier. C’est un immeuble à la façade noire, effroyable ou élégante, c’est selon, et lorsqu’on parvient à se faufiler, l’expérience est alors proprement hallucinante. On vit, en plein Paris, au milieu d’un petit paradis — d’aucuns pourraient reconnaître la Suisse, un paquebot gît là, échoué, et les habitants ne vivent pas tout à fait la même vie. C’est à cette autre vie, et à quelques questions — comment agit l’architecture sur nos vies ? Ressemblons-nous à l’architecture dans laquelle nous vivons? Pouvons-nous changer nos regards sur nos habitations? Pouvons-nous nous mettre à la place des habitants? Des architectes? De la gardienne? Des bâtiments eux-mêmes? que nous souhaitons inviter le spectateur. Le temps d’une visite vaguement guidée par un chapelier fou, une garde suisse, une écrivaine, nous irons, nous aussi, parmi les invités, les habitants, au cœur de cet ilot, flottants et fragiles, entre deux immeubles, une forêt de balcons, une nuée de moineaux, un concert de sonnettes, un garage à vélos, et deux petites maisons de béton, nous irons, nous aussi, ensemble, peut-être, vers un morceau du paradis (ou de la Suisse de Jacques Herzog et Pierre de Meuron, toujours, c’est selon).
— Marion Aubert, Emilie Blaser, Louis Warynski

OPUS №2: LE CENTRE CULTUREL SUISSE (PARIS 3)

Installés dans les murs du Centre culturel suisse, en plein cœur du Marais, nous interrogeons la mémoire du lieu à partir de son espace architectural. Notre recherche questionne son histoire intime et tente de renouer avec les présences du passé. Comment réactiver ce qui a été et comment donner à voir ce qui n’est plus ? La question de la vision est au cœur de cette expérimentation à la croisée de différentes formes artistiques. Quand la nuit tombe, les souvenirs surgissent des murs, glissent vers le public et hantent le réel. Nous regardons autrement, écoutons entre deux portes les voix et les traces de celles et ceux qui ont arpenté les lieux et les hantent aujourd’hui. Mais nous-mêmes, au moment où nous croyons être vivants, ne somme-nous pas en train — comme le dit Derrida — de devenir ce spectre que nous cherchons dans le passé ? Toutes ces questions ouvrent à une approche sensible de l’espace historique, à une « hanthologie architecturale » qui nous invite à vivre et à rêver l’espace.
— Emilie Blaser, Pierre Lepori, Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Le 27 octobre 2016 — Bâtiment 17, rue des Suisses, Paris 14e
Les 07 et 08 décembre 2016 — Centre Culturel Suisse, Paris 3e

    OPUS №1

  • Mise en lieu et jeu

    Marion Aubert, Emilie Blaser, Louis Warynski (Chapelier Fou)

  • Texte

    Marion Aubert

  • Musique

    Louis Warynski (Chapelier Fou)

  • OPUS №2

  • Mise en lieu et jeu

    Emilie Blaser, Pierre Lepori, Aurélien Vernhes-Lermusiaux

  • Texte

    Pierre Lepori

  • Images et vidéo

    Aurélien Vernhes-Lermusiaux

  • Photographies

    Jean-Louis Fernandez

  • Soutiens

    République et Canton de Neuchâtel, Ville de Neuchâtel, Centre culturel suisse, Fondation Nestlé pour l’Art, Fondation Andrée Jéquier

  • Durée

    30 minutes

Réactions

«Emilie Blaser a été sélectionnée par le Canton de Neuchâtel pour résider 6 mois à la Cité Internationale des Arts de Paris»
Antonella Fracasso — L’EXPRESS — 29.11.16

Video